Craft Beer Rising 2018, on y était

Thebeergame s’est rendu à Londres à l’occasion du CRAFT BEER RISING 2018 : LE TRUMAN SHOW !

Le festival s’est déroulé en février dernier à Londres et à cette l’occasion nous allons vous faire vivre cet event de l’intérieur grâce à notre envoyé spécial Fred ‘aka’ @blackbirdinbeer (instagram).

S’il était encore besoin de démontrer que Londres est l’épicentre de la révolution brassicole européenne, la sixième édition du festival Craft Beer Rising (https://www.craftbeerrising.co.uk/) a tenté d’enfoncer un peu plus le clou les 22, 23 et 24 février derniers à l’Old Truman Brewery (Brick Lane –  East London). Trois jours de bière, de fooding et de musique avec cet objectif affiché par les organisateurs de promouvoir la « craft beer » auprès du grand public (« to take craft beer to masses »).

Le symbole

Le choix du lieu n’a donc rien d’innocent si l’on considère que la Brasserie Truman, créée au 17ième siècle dans l’Est de Londres, a été à la fin du 19 ième siècle l’une des plus grosses brasseries mondiales pour finir par fermer ses portes en 1989, étouffée, comme bon nombre d’autres avant elle, par la concurrence déloyale de la grosse industrie, pils et lager bas de gamme en tête.

Réhabilitée dans le même temps que le quartier populaire de Shoreditch, la friche industrielle est aujourd’hui un des hauts lieux du London alternatif et touristique (vintage market, street food, expositions, concerts, street art…). A noter également qu’en 2010 l’emblématique marque Truman a été reprise en main et que depuis 2013 une petite unité de production recolle le vieil aigle sur des bouteilles de 33cl aux recettes dépoussiérées. Ça se passe à Hackney Wick, un peu plus au nord, un peu plus à l’est (https://www.trumansbeer.co.uk).

On est donc bien au cœur du sujet en ces murs… faire du mouvement « craft » un nouveau modèle de consommation et reléguer la bière industrielle aux étagères des supermarchés et de préférence en bas de rayon… Craft Beer Rising !

Les présents

Sous les poutres d’acier de la cathédrale brassicole se sont donc près de 170 exposants qui s’activent à faire goûter aux professionnels et au public quelques 1 000 bières et cidres différents afin de grignoter toujours un peu plus des 85% de parts de marchés occupés au Royaume Uni par la bière de grande consommation.

Et effectivement ils sont nombreux à avoir répondu à l’appel et pas des moindres. Les grands noms de la nouvelle scène indépendante : Moor, Fourpure, Stone…  Les grands noms tout court : Sierra Nevada, Brewdog, Brooklyn Brewery, Innis & Gunn… et puis l’impressionnante présence des challengers. Les londoniens déjà bien connus… Red Church, Gipsy Hill, Wild Card, Crate, Mondo Brewing… et tous les autres, venus essentiellement des quatre coins du Royaume Uni mais aussi d’ailleurs.

Et la présence qui frappe d’emblée c’est la présence américaine et notamment celle de la Brewer’s Association (https://www.brewersassociation.org), représentante engagée de la cause « craft » et à l’initiative très médiatisée de la création d’un label pour la promotion de la craft beer 100% indépendante.

La controverse

Et c’est bien là que le bât blesse. Je me garderai bien de rentrer dans le débat de ce qui fait qu’une bière peut être considérée comme « craft » mais il y a un argument communément répandu qui fait de l’indépendance financière (si tant est qu’elle existe vraiment) une condition sine qua non. Et l’on parle ici d’indépendance vis-à-vis de la Big Beer justement.

Or dans les travées du festival on trouve bien installés la brasserie Lagunitas (Petaluma – Californie) avalée par Heineken entre 2015 et 2017, le géant Goose Island (Chicago – Illinois) vendu à AB InBev en 2011. Et ça ne passe pas. J’en veux pour preuve le post des Yeastie Boys (@ukyeastieboys) qui tombe en plein milieu des festivités avec un message pour le moins explicite : « Hey Lagunitas, Your shit is not welcome here ». On notera que si l’attaque vise l’imagerie misogyne de la marque (cf. photo) et que le sujet du sexisme a pas mal remué ces derniers temps le monde de la bière outre-manche, notamment sous l’influence de Melissa Cole (@MelissaCole), la charge reste pour le moins frontale.

A ce compte on pourrait bien évidemment pointer du doigt Camden Town Brewery vendue à AB InBev en 2015 pour 85 millions de Livres Sterling ou encore Brixton Brewery qui a plus récemment sacrifié une partie minoritaire de son capital à Heineken pour faire face à ses contraintes de croissance.

Sauf que ce sont des enfants du pays et nul ne peut nier qu’ils ont considérablement contribué et qu’ils contribuent encore à la promotion de leur quartier d’abord, de leur ville ensuite et de la belle image de la craft beer britannique de façon plus générale. Car ce qu’il se joue ici est aussi un peu une question de préservation du marché intérieur, à l’heure où les américains essaient de placer leurs gros pions, avec leurs gros sabots.

Un brasseur du sud de Londres me confessera d’ailleurs « pour être honnête, c’est ma quatrième année de participation et ce sera sûrement la dernière… que le CBR accepte l’argent d’AB InBev ou d’Heineken pose un sérieux problème et beaucoup ne sont pas venu à cause de cela ! »

Les absents

Et effectivement à y regarder de plus près certaines absences pèsent lourd. Où sont les Cloudwater, Northern Monk, Magic Rock, Brew By Numbers, Partizan, Siren Craft, Wild Beer… ? Et où est Beavertown Brewery ?

Si le CBR s’affiche comme le plus gros festival de Craft Beer du Royaume Uni, tout le monde a néanmoins en tête l’Extravaganza de Logan Plant comme le festival de bière le plus réussi de 2017. Et bien évidemment l’édition de 2018 (http://www.beavertownbrewery.co.uk/the-beavertown-extravaganza-2018/), en septembre prochain, promet d’être la grosse date de l’année « craft ».

Alors, les absents auraient-ils raison ? Faut-il bouder les CBR au profit de festivals plus indépendants comme celui de Beavertown ? Ou le problème ne serait-il juste pas que ça commence à jouer des coudes et que comme partout ailleurs c’est l’argent qui finira par avoir le dernier mot ?

Highlights

Quoiqu’il en soit le rôle d’un festival est aussi de faire connaître et de mettre en avant les produits et les producteurs. Et de ce point de vue, il y avait de la bière et des brasseurs, c’est indéniable !

J’avouerai que pour garder un peu de lucidité, de dignité et quelques souvenirs des deux jours passés au CBR, je n’ai pas tout goûté. Alors je vais devoir être subjectif et prendre donc le parti de mettre en avant deux brasseries qui ne m’ont pas laissé indifférent.

La première, je l’avais initialement découverte lors d’un séjour en Ecosse, l’été dernier. Il s’agit de Black Isle Brewing Co (https://www.blackislebrewery.com). Située non loin d’Iverness, dans les Highlands, Black Isle est une ferme-brasserie avec une démarche 100% organic. La gamme est assez « old school » mais la réalisation est excellente et les hommes chaleureux. J’ai particulièrement adoré leur « Ile Noire Grande Saison » ainsi que leur Barley Wine from the Sherry Cask, tiré directement depuis un petit fût de chêne, posé sur le comptoir.

Aux antipodes de la démarche de nos écossais au poil gris, je suis également persuadé que l’on va bientôt entendre parler de DE14 (@de14beers), une nano brasserie expérimentale et branchée de Burton (code postal = DE14), à deux pas de Birmingham. Je garde un excellent souvenir de leur « Morgan Silk NEIPA » et de leur petit look « trendy » façon Django Django.

Deux exemples donc pour signifier que nous n’avons pas fini de découvrir de belles bières et, qu’au-delà de toute polémique, il émerge ici et là des initiatives locales fortes de sens, preuves aussi que la scène « craft », inventive et dynamique, n’a pas fini de nous étonner, de faire couler encre et mousse en gagnant chaque jour un peu plus de terrain sur la bière facile et sans saveurs. Craft beer rising !

Black Bird In Beer